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16.03.2008
NOURRIS MOI DU SILENCE DE TES MOTS
J’aime te parler, t’écouter, te lire, t’écrire. Tes mots s’enchaînent au gré de tes envies, tes idées, tes désirs. Je les lis dans un sens puis dans un autre et je les comprends dans le sens que j’imagine. Peut-être que tes mots sont volontairement enchaînés afin de ne me faire comprendre qu’une infime partie de ta vérité. Simple manipulation littéraire pour te cacher derrière des phrases que tu alimentes au hasard de ton intelligence. Mais là est ta faiblesse. Méfies toi de la personne qui te parle, t’écoute, te lit, t’écrit. Le sens de tes paroles non prononcées ne se reflète pas dans les yeux de l’autre, il est filtré par la sensibilité de ton lecteur. Je te lis à travers ta voix, ton écriture, ton silence. Ton silence te trahit. Le facilité d’aligner des phrases avec des mots communs est possible à chacun, aligner ses idées avec des mots justes est un talent rare. Alors je me délecte de tes silences, de ta capacité à éviter ces mots, à détourner la conversation que mes phrases veulent te faire aborder avec habilité. Ne rien dire ne signifie pas un refus de communiquer mais une envie de se faire comprendre des êtres qui savent écouter le silence des mots. Que dissimule l’absence de son, l’absence d’écriture ? Un refus de se dévoiler ? La peur de s’affirmer ? Une fêlure qui ne peut être matérialisée ? Tes non-dits m’inspirent d’avantage que tes banalités de convenance. Je veux décrypter tes paroles voilées pour te lire de l’intérieur. J’aime entendre chaque fois que tu me le permets la mélodie de ton silence. Quant j’écoute attentivement, il m’arrive de te surprendre par le rythme de mes mots entrelacés dans tes phrases. Ton écriture devient plus hésitante et perd son caractère envoûtant. Tu as testé ma façon de te lire, je teste ta façon de me répondre. Tu es déstabilisé, je prends le dessus et dirige notre échange avec délicatesse pour ne pas rendre tes idées infidèles, rendre tes mots boiteux ou ton esprit réfractaire. Je cherche la justesse de tes pensées avec des phrases épurées. La nudité de ce duel te fait reculer, plus un mot ne vient à moi. Tu as compris le jeu de mon écriture. Alors ton imaginaire revête le premier rôle dans l’autobiographie que tu me contes. Tu joues avec la langue de Molière, tout devient images, dérision, légèreté, afin d’endormir ma vivacité et m’emmener dans ta direction. J’arrête mes mots et les enferme dans ma mémoire pour les libérer lors de notre prochain dialogue. Tu ne m’as rien livré de ton intimité et j’ai pourtant entendu tant de secrets de toi. On ne se connaît que par mots interposés. Ton corps, ton visage, ton apparence n’existent que par l’intermédiaire de mon imagination. Tu n’es qu’une présence virtuelle qui vient s’immiscer chaque jour dans mon monde et cependant, on s’est apprivoisé comme deux âmes qui se reconnaissent en un instant, sans peur du geste qui nous trahit. Ta poésie a fait de moi une lectrice avide de tes mots. A demain. Déconnexion…
12:58 Publié dans ESPACE LIBRE | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture





